Cyril Collard, biographie

Réalisateur
Collaboration artistique : Les raboteurs (1988)


" J'ai été séduit par la façon dont Cyril est, en quelque sorte, sorti de l'histoire. (ndlr Les raboteurs, oeuvre picturale de Gustave Caillebotte) Ce scénario de rupture d'un couple dans le tableau, c'est de la danse à l'état pur, il y a des mouvements, les raboteurs sont là sans être là, comme des fantômes, comme des témoins têtus du passé du couple. Leur présence silencieuse et active raconte beaucoup. Je trouvais cela intéressant, ce travelling à la fin, où l'on découvre le plateau de tournage, où les acteurs laissent tomber les masques. Cyril avait l'air de dire, tout comme Caillebotte : "Vous aviez cru voir quelque chose, mais en fait, c'est encore d'autre chose dont il s'agit." Ce que l'on laisse à voir n'est pas forcément ce qui est.
Propos d'Angelin Preljocaj dans Topologie de l'invisible, Françoise Cruz, Éditions Naïve.


Cyril Collard étudie les mathématiques et la physique quand il décide de mener une vie anticonformiste, faite de petits boulots et de voyages. Tenté par le cinéma, il devient l'assistant de René Allio et de Maurice Pialat. Il ne réalise qu'un seul long métrage, mais sa résonance en fait un film culte pour toute une génération qui se reconnaît dans le destin tragique de son auteur, atteint du sida. Après quelques courts-métrages brillants qui révèlent déjà une attention pour les marginaux et une fascination pour la bisexualité, Cyril Collard signe Les nuits fauves (1992), adaptation de son roman éponyme. Ce film quasi autobiographique raconte l'histoire d'un homme épris de sexe et d'amour, attiré par les femmes comme les hommes. Séropositif en révolte contre le virus, il tombe amoureux d'une jeune femme qu'il a peut-être contaminée. Ce film au postulat choquant - le héros n'avoue pas sa séropositivité la première fois qu'il fait l'amour à la femme qu'il a conquise - remporte un immense succès et fait de Cyril Collard, son interprète principal, une figure de poète maudit. Le réalisateur s'éteint peu après ce récit d'une grande vivacité, à l'écriture cinématographique maîtrisée. Il recevra la même année le César de la meilleure première œuvre à titre posthume.